LE MOT DU GÉRANT : Zoom sur les États-Unis, l’Europe et la Chine

Si les statistiques économiques mettent en évidence un ralentissement de la croissance américaine au premier trimestre, celui-ci ne devrait être que temporaire. Pour la zone euro, les statistiques économiques un peu en retrait au premier trimestre ne remettent pas en cause la reprise. Quant au marché chinois, malgré la croissance solide affichée sur les premiers mois de l’année, plusieurs facteurs de risque sont à surveiller.

Document rédigé le 24 avril 2018.

ZONE EURO : POURSUITE DE LA REPRISE

L’indice PMI composite du climat des affaires dans la zone euro s’est stabilisé à 55,2 en estimation flash pour le mois d’avril, dépassant les attentes du consensus qui tablait sur une nouvelle dégradation après deux replis importants en février et en mars.

Ce niveau reste inférieur au pic de 58,8 enregistré en janvier mais demeure cohérent avec une croissance supérieure à 2 % en rythme annualisé. Les indices PMI ont rebondi en France (56,9 après 55,3) et en Allemagne (55,3 après 55,1), les deux seuls pays à publier des estimations flash.
La stabilisation du climat des affaires sur un niveau élevé dans la zone euro est rassurant pour la conjoncture, dans un contexte où le repli de la production industrielle (hors construction) en janvier (-0,6 %) et février (-0,8 %) pose un risque pour la croissance du premier trimestre qui sera publiée le 2 mai. Les statistiques relatives à la consommation sont mitigées. En moyenne, les ventes au détail hors automobiles sont en baisse sur les deux premiers mois de l’année en comparaison avec le trimestre précédent. Les ventes d’automobiles restent elles bien orientées, affichant une progression de 5,4 % en rythme annualisé sur l’ensemble du premier trimestre.
La poursuite des améliorations sur les marchés du travail dans la zone euro reste un facteur de soutien important à la consommation. La progression de l’emploi dans la zone euro demeure solide (+1,6 % sur un an au quatrième trimestre) et le taux de chômage continue de baisser en conséquence. Il s’est établi à 8,5 % en février, son plus bas niveau depuis décembre 2008.

Les pressions inflationnistes restent cependant modérées. L’inflation globale a accéléré en mars pour s’établir à +1,3 % sur un an, contre +1,1 % en février, mais l’inflation sous-jacente est stable depuis trois mois à +1,0 % sur un an.
Dans ce contexte où les statistiques économiques sont un peu en retrait au premier trimestre et l’inflation toujours modeste, la BCE devrait maintenir le statu quo lors de sa réunion du 26 avril. Elle a infléchi sa communication lors de sa précédente réunion du 8 mars et les minutes ont confirmé qu’elle privilégiait une approche prudente et graduelle pour normaliser sa politique monétaire. Les annonces sont davantage susceptibles d’intervenir en juin, à l’occasion de la mise à jour des prévisions économiques.

ÉTATS-UNIS : RALENTISSEMENT TEMPORAIRE DE LA CROISSANCE

Le rapport sur l’emploi en mars a mis en évidence un ralentissement plus marqué qu’attendu des créations d’emplois du secteur privé, celles-ci ressortant à 103 000 sur le mois, contre des attentes à 188 000. Elles avaient néanmoins été très dynamiques en février (+320 000). Au-delà de la volatilité des deux derniers mois, qui pourrait être liée aux aléas climatiques, les créations d’emplois restent très solides. En moyenne, elles ressortent légèrement supérieures à 200 000 sur l’ensemble du premier trimestre 2018.

En ce qui concerne les autres statistiques du rapport, le taux de chômage s’est stabilisé à 4,1 % pour le sixième mois d’affilée. Il reste ainsi sur son plus bas niveau depuis début 2001. Malgré cette tension du marché du travail, la progression du salaire horaire est toujours modérée, le glissement annuel passant de +2,6 % à +2,7 % en mars.
Les derniers chiffres d’inflation n’ont pas non plus montré de renforcement des pressions inflationnistes. Certes, le glissement annuel des prix à la consommation hors énergie et alimentation est passé de +1,8 % sur un an à +2,1 % en mars mais cela était attendu. En effet, l’accélération s’explique principalement par une base de comparaison favorable liée à la baisse des prix des télécommunications en mars de l’année dernière. La solidité des créations d’emplois confirme la bonne santé de l’économie américaine dans un contexte où la publication du PIB pour le premier trimestre, le 27 avril, devrait montrer un ralentissement de la croissance. Au 17 avril, le modèle de la Fed d’Atlanta tablait sur une croissance de 2,0 % en rythme annualisé, après +2,9 % au quatrième trimestre, en ligne avec le consensus Bloomberg.

Ce ralentissement attendu de la croissance reflète en partie des chiffres de consommation décevants en janvier et février. Dans les minutes de la réunion de la Fed du mois de mars, les participants indiquent qu’elle a pu être pénalisée par des facteurs temporaires, comme les retards dans le remboursement des impôts trop-perçus, laissant attendre un rebond une fois ces effets dissipés. Les ventes au détail du mois de mars montrent d’ailleurs une dynamique plus favorable à la fin du premier trimestre. Elles ont progressé de 0,4 % en mars hors éléments volatils, après une stabilisation en février et une hausse de 0,1 % en janvier. Les ventes de voitures sont également mieux orientées (+2,6 % en mars après deux mois de baisse).

CHINE : L’ANNÉE DÉMARRE DU BON PIED

La publication du PIB chinois pour le premier trimestre 2018 fait état d’une croissance de 6,8 % sur un an, un rythme stable depuis trois trimestres et supérieur à l’objectif du gouvernement pour cette année, fixé aux alentours de 6,5 %. La consommation a été particulièrement dynamique, portée par la progression toujours rapide des revenus réels (+6,6 % sur un an). Elle explique les trois quarts de la croissance au premier trimestre et reste ainsi le premier moteur.

L’investissement a également été un facteur de soutien, tiré par un rebond des investissements dans le secteur de l’immobilier et une reprise de l’investissement privé. Les exportations sont restées bien orientées mais les importations ont été plus dynamiques. En conséquence, le commerce extérieur a contribué négativement à la croissance.
Grâce à ce bon chiffre de croissance au premier trimestre, le gouvernement est bien parti pour atteindre son objectif annuel. Plusieurs facteurs de risques restent toutefois à surveiller. Le ralentissement des activités de « shadowbanking » se traduit par une modération des prêts accordés à l’économie (+12,0 % sur un an en mars) et l’investissement public décélère en conséquence (+7,1 % sur un an au T1 2018). En effet, les gouvernements locaux avaient traditionnellement recours à ce type de financements alternatifs pour leurs projets d’infrastructures. La bonne nouvelle est que l’investissement privé pourrait prendre le relais si l’amélioration venait à se confirmer dans les prochains trimestres. Le ralentissement du crédit se traduit également par un affaiblissement des ventes de logements qui pourrait in fine se répercuter sur l’investissement en immobilier. Un ajustement de même ampleur qu’en 2014-2015 semble néanmoins peu probable. Le dynamisme des ventes en 2015-2016 a permis une diminution du stock de logements à vendre et la bonne progression des prix de l’immobilier est un facteur de soutien (+5,5 % sur un an en mars) à l’investissement.

Enfin, les mesures protectionnistes envisagées par les Etats-Unis posent un risque pour les exportations et la croissance. Mais si ces mesures étaient mises en œuvre, leur impact macroéconomique serait sans doute limité du fait de la possibilité de trouver des substitutions et de la moindre dépendance aux exportations : en près de dix ans, le poids des exportations dans le PIB chinois a presque été divisé par deux (20 % en 2017).

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Mis à jour le 22/03/2016

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